La cantine scolaire, bien plus qu’un repas

L’alimentation scolaire est souvent perçue comme un simple plus.
 En réalité, c’est un investissement stratégique.
En Côte d’Ivoire, développer les cantines scolaires pourrait améliorer à la fois la réussite éducative, la nutrition des enfants, la protection sociale des familles et les revenus agricoles en milieu rural.
Dans le cadre de l’initiative CLEF — un partenariat entre le gouvernement ivoirien, 16 entreprises du secteur du cacao et du chocolat et deux fondations philanthropiques — le ministère de l’Éducation nationale teste un modèle pour rendre l’alimentation scolaire durable et déployable à l’échelle nationale.
Aujourd’hui, les repas sont servis en moyenne 33 jours par an dans seulement 36 % des écoles primaires.
Comment passer de cette réalité à un système national capable de toucher chaque enfant ?
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En Côte d’Ivoire, la cantine scolaire reste encore un privilège pour une minorité d’élèves. Selon les données du ministère de l’Éducation nationale, l’Alphabétisation et l’Enseignement Technique, seulement 36 % des écoles primaires disposent aujourd’hui d’une cantine fonctionnelle soutenue par l’État. Autrement dit, près de deux écoles sur trois ne proposent pas de repas scolaire régulier. Et même lorsque les cantines existent, les dotations en vivres permettent en moyenne de servir des repas pendant seulement 33 jours, sur les 120 que compte l’année scolaire.

« La couverture des écoles en cantines reste encore limitée et le nombre de jours de fonctionnement demeure insuffisant, malgré les efforts réalisés par l’État et ses partenaires », reconnaît Jérôme Ayékoé, Directeur des Cantines Scolaires au ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique. Sur le terrain, les besoins restent considérables. Mais dans les couloirs du ministère comme chez ses partenaires internationaux, un mot revient désormais avec insistance : priorité.

« L’État prend la question de l’alimentation scolaire très au sérieux ; elle est vraiment devenue une priorité nationale », affirme Séverine Giroud, Directrice adjointe et Cheffe de programme du Programme alimentaire mondial (PAM) en Côte d’Ivoire. Cette volonté politique se traduit progressivement dans les faits. Les autorités mettent en avant une augmentation régulière des approvisionnements en vivres ces dernières années. Résultat : le nombre de jours de fonctionnement des cantines est passé de 18 jours au cours de l’année scolaire 2020-2021 à 33 jours pour l’année scolaire en cours, souligne Jérôme Ayékoé.
Pour les acteurs du secteur, cependant, l’enjeu dépasse largement la simple question du repas. « L’alimentation scolaire n’est pas qu’un simple repas. C’est un levier multisectoriel qui améliore l’éducation, la nutrition, la protection sociale et les économies locales », explique Séverine Giroud. Dans les faits, les effets se mesurent rapidement dans les écoles. La présence d’une cantine améliore l’assiduité et les performances scolaires, réduit les abandons et soulage directement les ménages les plus vulnérables en diminuant leurs dépenses alimentaires. Elle agit aussi comme un puissant incitatif à la scolarisation, contribuant à limiter le travail des enfants et les mariages précoces.

Car dans de nombreuses familles rurales, chaque repas compte. Lorsqu’un enfant mange à l’école, c’est un repas de moins à financer à la maison. Un détail en apparence, mais qui pèse lourd dans des budgets déjà fragiles — et peut parfois faire la différence entre un enfant qui reste en classe et un autre qui la quitte.

Tester un modèle durable et généralisable

Conscient de ces enjeux, le ministère de l’Éducation nationale, l’Alphabétisation et l’Enseignement Technique, a choisi d’expérimenter une nouvelle approche. Avec l’appui de la coalition CLEF, il teste un modèle de cantine scolaire conçu pour être à la fois financièrement accessible, durable et, à terme, généralisable à l’échelle nationale. Depuis 2025, 126 écoles situées dans les régions du Guémon et de la Nawa — parmi les plus exposées à l’insécurité alimentaire — participent à ce projet pilote.

L’ambition est clairement affichée par Jérôme Ayékoé : « D’ici 2030, 60 % des élèves des écoles primaires publiques auront accès à un repas chaud et équilibré au moins pendant 80 jours. » Pour y parvenir, le projet mise sur plusieurs leviers. D’abord, la formation des cantinières et des directeurs d’école à la préparation de repas nutritifs et variés. Ensuite, le renforcement des dotations en vivres, rendu possible par les efforts conjoints de l’État et des communautés locales.

Nourrir les enfants, soutenir les communautés

Car derrière cette contribution des communautés se cache un mécanisme central du projet : l’ancrage de l’alimentation scolaire dans l’économie locale.

Aux côtés de la Direction des cantines scolaires, l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER) accompagne des producteurs locaux, organisés en coopératives majoritairement féminines, afin qu’ils puissent approvisionner les cantines en vivres. L’idée est simple : plus les producteurs améliorent leurs rendements et leurs revenus, plus ils sont en mesure de soutenir durablement l’alimentation scolaire.

Pour y parvenir, l’ANADER forme une centaine de groupements aux techniques culturales, à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et fournit intrants et petit matériel agricole. L’objectif est double : augmenter la productivité agricole tout en sécurisant l’approvisionnement des cantines. Pour Issoufou Dosso, Directeur Régional Ouest de l’agence, les bénéfices dépassent largement le cadre scolaire. « Chaque récolte partagée nourrit les enfants et renforce les communautés. En améliorant leur production, les groupements peuvent soutenir plus largement les cantines tout en consolidant leurs propres revenus. »

Peu à peu, une dynamique locale se met ainsi en place : des producteurs plus performants, des cantines mieux approvisionnées et des élèves mieux nourris, donc plus assidus et concentrés en classe. Pour la coalition CLEF, la logique est claire : investir dans les cantines scolaires, c’est aussi investir dans l’agriculture locale, dans les revenus des familles rurales — et, à plus long terme, dans l’avenir des enfants.

CLEF s’engage à:

CLEF finance des infrastructures scolaires et des structures d’accueil pour les enfants, la formation des enseignants à des techniques pédagogiques fondées sur des données probantes, la promotion d’un changement de comportement afin que les parents s’engagent davantage dans l’éducation de leurs enfants, la formation des parents aux bonnes pratiques parentales favorisant le développement des enfants en bas âge, ainsi que l’expérimentation d’un programme de nutrition scolaire de pointe. 

CLEF accueille est ouvert à accueillir de nouveaux partenaires : si vous souhaitez intégrer cette initiative, n’hésitez pas à nous contacter.

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